Mauvaise journée [SFW, H/H, Holmes X Watson, fluff ]
2000 mots
Watson rentre au 221B Baker Street après une rude journée.
Je rentrais au 221B Baker Street rompu de fatigue après une interminable journée à l'hôpital. Les malades étaient arrivés sans discontinuer pendant des heures. A peine en avais-je terminé avec un patient qu'on m'appelait de toute urgence au chevet d'un autre. Je ne souhaitais rien de plus que de retrouver mon fauteuil au coin du feu, une compagnie familière à mes côtés. Cependant, à peine entrai-je dans l'appartement que mes espoirs furent réduits à néant.
Le salon n'était plus qu'un chaotique champ de bataille. Le sol était jonché de livres et de coupures de journaux. Mon précieux fauteuil était renversé à l'autre bout de la pièce et à sa place, étendu de tout son long sur le dos à même le tapis, gisait Sherlock Holmes. Il était pieds nus, vêtu de son antique robe de chambre, ses yeux cernés rivés vers le plafond. Des ses longues mains, il torturait les cordes de son violon, leur arrachant des sons dissonnants. Il ne cilla même pas alors que j'entrai.
-Holmes ? lançai-je. Mais que diable faites vous par terre ?
-Watson, vous voilà. Je méditais, figurez-vous.
-Seigneur, c'est un véritable capharnaüm ! Qu'avez-vous donc fait ?
-Oh, rien de vraiment passionnant.
J’accrochai ma veste et mon chapeau trempés puis je commençai à rassembler des livres éparpillés par terre, déplorant les heures passées à les classer… Du coin de l'oeil, j'inspectai Holmes qui continuait de pincer mollement les cordes de son instrument. En rentrant, j’avais espéré le trouver dans un meilleur état. Ou tout du moins, que l’apathie qui l’accablait depuis déjà des jours n’aurait pas empiré. Force m’était de constater que je m’étais grandement fourvoyé.
-Je parie que vous avez repris de la cocaïne... grommelai-je.
-Si vous étiez un tant soit peu observateur Watson, vous sauriez que non, maugréa-t’il.
Je ne répondis que par un grognement. Au moins, malgré plusieurs semaines sans qu’aucune enquête ne se présente à lui, il n’avait pas encore cédé à sa “manie”. Je décidai de changer de sujet.
-Figurez vous que… commençai-je.
-Les bijoux de Lady Brooke n’ont pas été volés, m’interrompit brutalement Holmes. Ils sont encore au manoir Brooke. Fausse alerte, Watson. Ne perdez pas votre temps avec cette histoire.
-Avez vous lu les autres annonces au moins ? Peut-être trouverez vous une affaire intéressante ?
-S’il s’était passé le moindre évènement nécessitant mon intervention, je serais déjà au courant, rétorqua-t’il.
-Vous êtes bien la seule personne que je connaisse qui se réjouisse d’une accalmie de crime en ville…
Je ne reçus pour toute réponse qu’un silence borné. Encore une fois, j’étais stupéfait par les facultés de déduction de Holmes. Je comptais effectivement lui parler de l’annonce de Lady Brooke parue dans le journal du soir. Cependant à cet instant, le découragement de ne pas avoir réussi à attirer son attention l’emporta sur l’émerveillement. Je poussai un soupir et m’attelai à ranger d’autres livres. C'est alors que j'avisai sur la table un plateau de petit déjeuner intact.
-Vous n'avez rien mangé ? demandai-je.
-Ca m'est sorti de l'esprit, marmonna Holmes.
-Allons Holmes, ce n'est pas raisonnable ! Vous ne pouvez pas passer la journée sans rien avaler.
-Je n’ai pas d’appétit.
-Faites un effort, ce n’est pas en vous affamant et en détruisant le salon que vous allez… Ce sont mes draps que je vois là ?!
Etendus près de la table de chimie de Holmes, je trouvai mes draps de lit constellés de taches et de trous.
-Que diable avez-vous fabriqué avec ?
-J'en ai eu besoin pour une expérience sur les effets de différents réactifs sur les textiles.
-Regardez dans quel état ils sont ! C'était mes seuls draps propres ! Vous auriez au moins pû me demander mon avis !
Soudain, à entendre le son de ma propre voix, à n'obtenir aucune réaction de la part de Holmes, je ressentis toute la lassitude de la journée peser sur mes épaules. Je posai mes livres sur le premier meuble à portée et m'étendis par terre, le long de mon ami. Je laissai échapper un long soupir et fermai les yeux. Quand je les ouvris, le visage de Holmes était tourné vers moi.
-Watson, allez donc vous coucher, dit-il.
-Et où donc ? répondis-je en me frottant les paupières. Je n'ai même plus de draps.
-Prenez ma chambre, je ne pense pas dormir avant un moment de toute manière.
-Je ne vais pas me coucher avant que vous ne vous soyez levé et que vous n'ayez mangé quelque chose.
-Je vous l'ai déjà dit Watson, ajouta Holmes, ne vous préoccupez pas de moi. Vous savez quoi faire dans ce genre de moments. Laissez moi seul et j’irais bientôt mieux.
-Cela fait deux semaines que vous dites ça et vous n’allez pas mieux… Il est hors de question que je vous laisse seul dans un tel état.
Ses yeux clairs se perdirent dans le vide un instant. Son expression se fit plus mélancolique que jamais.
-Pourquoi faites vous tout ça ? finit-il par demander.
-Parce que je vous aime Holmes ! Est-ce que vous allez vous mettre ça dans la tête un jour ?
Je m’étais redressé sur mes coudes tout en parlant.
-Si je ne m’étais pas installé avec vous, poursuivi-je avec animation, je vivrais encore dans un hôtel douteux, seul et probablement ruiné. Vous rencontrer est la meilleure chose qui me soit arrivée. Ca me brise le coeur de vous voir si mal. Je veux vous aider, je suis là pour vous Holmes, mais j'ai besoin que vous me parliez.
Holmes poussa un long soupir. Il posa mollement son violon à côté de lui. Pour la première fois depuis que j'étais rentré, son regard croisa franchement le mien.
-Ce n'est pas contre vous Watson. Dans ce genre de moments, j'ai besoin de concentrer mon esprit ailleurs, parler me parait futile.
-Je sais, mais essayez au moins.
Il baissa les yeux et attendit quelques secondes avant de demander:
-Que me suggérez vous de faire, Docteur ?
-Et si vous m’expliquiez comment vous saviez que j’allais vous parler des bijoux de Lady Brooke ?
-Par un raisonnement aussi simplet qu’ennuyeux, soupira Holmes.
-Eh bien ennuyez moi Monsieur le détective, cela me ferait grandement plaisir.
Son visage sembla alors s’animer. Ses joues reprirent quelques couleurs. Il se tourna sur son flanc pour me faire face.
-Vous avez quitté l'hôpital à minuit et quart, terriblement fatigué après votre journée chargée. Si fatigué que vous en avez oublié votre parapluie. Il a commencé à pleuvoir vers minuit vingt, alors que vous étiez déjà dehors en train de héler un cab. Vous étiez en train de vous faire mouiller mais vous étiez trop fatigué pour retourner chercher votre parapluie. De toute manière, votre cab est arrivé rapidement et vous vous êtes mis en route pour Baker Street. Exact ?
Enfin, Sherlock Holmes, l'homme passionné et énergique que j'admirais tant, commençait à refaire surface. Je ne pus retenir un sourire.
-Tout à fait exact.
-Cependant, malgré la pluie, poursuivit-il, vous êtes descendu de voiture plus tôt que prévu, devant l’église en travaux. La boue - d’une couleur bien spécifique - du chantier a laissé des traces sur vos chaussures. Vous vous êtes arrêté là car vous savez qu’il s’y tient toujours un gamin qui vend le journal du soir. Vous lui en avez acheté un exemplaire.
Il prit délicatement ma main dans la sienne, la leva au niveau de ses yeux.
-A voir ces taches d’encre sur vos doigts, j’en déduis que vous êtes rentré à pied en vous abritant sous votre journal. Cependant, au préalable…
Holmes m'attira alors vers lui, remonta sa main le long de ma jambe. Il tira de ma poche une feuille de journal pliée à la va-vite.
-…Vous avez abrité les pages d’annonces dans votre poche dans l’espoir de les lire plus tard.
-Décidément, vous voyez juste, répondis-je en souriant. Qu’en est-il des bijoux disparus de Lady Brooke ?
-La page dépassait de votre poche et j’ai pu y lire le nom de Brooke. il est de notoriété publique que Lady Brooke perd la mémoire et elle égare régulièrement sa boîte à bijoux. Mais c’est une femme fière et plutôt que de l’admettre, elle se persuade qu’elle est victime de cambrioleurs et tient absolument à passer des annonces dans les journaux. Ses bijoux n’ont absolument pas disparu, ils sont toujours au manoir Brooke et ses domestiques les ont probablement retrouvé à l’heure qu’il est.
Je me penchai vers lui, jusqu'à ce que mon visage caresse le creux de son cou.
-Il y’a un point que vous n’avez pas éclairci, murmurai-je à son oreille, pourquoi ai-je tenu à rentrer à pieds sous la pluie pour vous ramener une simple page de journal ?
Il frissonna et eût un rire discret.
-Vous avez tenu à me ramener ces pages pour me faire plaisir car vous pensiez que peut-être j'y trouverais quelque chose d'intéressant.
-Me voilà percé à jour, bravo monsieur Sherlock Holmes.
Il passa doucement ses doigts dans mes cheveux. Pour la première fois depuis des jours, je le vis sourire.
-Bravo à vous Docteur Watson, murmura t-il, de faire preuve d’une telle patience.
Je l’embrassai tendrement. Il me répondit avec une énergie que je n’avais plus vu chez lui depuis des semaines. Je frissonai de plaisir à retrouver sa chaleur. Après quelques instants, nous nous éloignâmes.
-Alors, si vous lisiez ces pages ? proposai-je. Qui sait ? Vous y trouverez peut-être quelque chose d’intéressant.
-Je crois qu'en fait, répondit Holmes en posant le papier, cela peut attendre.
Il se serra contre moi. D'une main, il remonta le bas de ma chemise tandis que j'écartais les pans de sa robe de chambre. Le contact de sa peau sur la mienne me fit l’effet d’un choc électrique. Nous nous embrassâmes à nouveau. Je sentis son désir presser contre mon entrejambe et laissai échapper un gémissement.
-Ma proposition au sujet de ma chambre tient toujours, haleta Holmes en commençant à se relever.
-Vous savez que si vous voulez que je dorme avec vous, vous n'avez qu'à demander ? taquinai-je.
Soudain, des coups pressants sur la porte nous firent stopper net. Nous tournâmes la tête vers la porte.
-Qui est-ce ? demanda Holmes.
Une petite voix agitée lui répondit de l'autre côté.
-M'sieur Holmes ! C'est Wiggins !
Wiggins, des "franc-tireurs de Baker Street". Que pouvait-il bien faire ici à une heure pareille ? A sa diction hachée, il avait couru comme un damné. Je fronçai les sourcils.
-C'est l'inspecteur Lestrade qui m'envoie M'sieur Holmes ! poursuivit Wiggins. Il dit que vous devez venir immédiatement à Scotland Yard ! Et M'sieur l'docteur Watson aussi !
Avant même qu’il n’ait fini sa phrase, Holmes avait bondit sur ses pieds. Sans même enlever sa robe de chambre, il jeta sa veste sur ses épaules, enfila ses chaussures sans en faire les lacets.
-Vous entendez ça Watson ? Il n'y a pas une minute à perdre ! Pressez-vous voyons !
Je poussai un soupir et me levai tandis que Holmes dévalait les escaliers, Wiggins sur ses talons. Je décrochai ma veste et mon chapeau puis m'apprêtai à les suivre lorsque j'avisai les tartines abandonnées sur le plateau de petit-déjeuner. Je les empaquetai dans un chiffon et les emportai avec moi avant de quitter le 221B Baker Street. Dehors, Holmes était déjà en train de hêler un cab.
-Les affaires reprennent, murmurai-je avec un sourire.
Row Gvn
D’après A. Conan Doyle