Le Jardin des Ronces

Danse Macabre [NSFW, H/H, Père Alexandre X Mephis]

C.W: H/H, thème religieux/sacrilège, masturbation, anal

5600 mots

"Un jeune prêtre de campagne accompagne son meilleur ami à un extravagant bal masqué. Il va y faire une rencontre inattendue."



I.

Sur le porche de la luxueuse demeure, le jeune vicaire patientait à côté du cercueil dans lequel était étendu son meilleur ami. La chaleur lourde de l'été faisait coller sa soutane contre sa peau. La carriole du fermier qui les avait déposés au bout de l'allée s'éloignait dans un nuage de poussière. Le manoir ressemblait à une énorme ruche. Le bourdonnement d'une fête grondait de l'intérieur. L'orage n'allait pas tarder à éclater.

-Est-ce que c'est vraiment nécessaire? demanda le prêtre en observant le cadavre au teint cireux.

Le défunt ne répondit pas. Son fard blanc commençait déjà à couler sur ses joues perlées de sueur. La porte s'ouvrit sur un vieux majordome aux traits tirés.

-Mon Père, Monsieur, salua-t'il en esquissant une courbette raide. Puis-je vous demander votre carton d'invitation, je vous prie?

Le cadavre fit un signe de tête au jeune vicaire qui tendit une carte élégamment calligraphiée au majordome.

"Monsieur et Madame Beauregard prient Monsieur Raoul Maillard de leur faire l'honneur de participer à la Danse Macabre, bal masqué qui se tiendra en leur demeure le Samedi 25 Juillet à huit heures."

Celui-ci la lût, puis releva la tête vers les deux nouveaux venus.

-Monsieur Raoul Maillard, je présume ? demanda-t il avec un mouvement de menton en direction du défunt
-Euh... Oui c'est cela ! L'artiste peintre... bredouilla le prêtre.
-Le regretté artiste peintre, souffla le cadavre depuis son cercueil.
-Le regretté artiste peintre Raoul Maillard.
-Accompagné de... ? demanda le majordome
-Du Père Alexandre Garenne, je vous prie, termina le prêtre.

Le majordome fit un pas sur le côté et les invita à entrer d'un geste de la main.

-Si ces messieurs veulent bien me suivre.

Raoul passa en premier, emportant son cercueil en papier mâché sous le bras. Le Père Alexandre le suivit à pas prudents dans le grand hall d'entrée. Tous les rideaux avaient été tirés. Le hall était éclairé seulement par quelques chandelles qui projetaient des ombres dansantes sur ses murs rouge carmin. Sur leur gauche, une grande porte menait à la salle de réception d'où montait le brouhaha d'une foule. Le domestique leur demanda de patienter et s'y engouffra.

-Eh ben mon vieux Alexandre, je te pensais plus doué que ça pour diriger des funérailles, glissa Raoul à voix basse. Tu as ruiné mon entrée.
-Je n'ai pas vraiment l'habitude de diriger des funérailles de gens vivants figure toi, rétorqua Alexandre.
-Sauf que nous ne sommes pas à un enterrement, mais à un bal masqué organisé par Edgard et Faustine Beauregard en personne ! Tu aimais tant danser quand on était mômes, c'est l'occasion de t'amuser un peu.
-Je ne pense pas danser. J'ai dû beaucoup insister pour que le Père Joseph accepte de me laisser t'accompagner. Il tient à ce que j'aie une conduite exemplaire.
-Allons mon vieux, détends- toi un peu ! Ce vieux vautour de Père Joseph n'est pas là pour te surveiller, alors profite ! Change toi un peu de ta vie de curé !
-On en a déjà parlé, la vie de curé me convient très bien, répondit calmement le jeune vicaire.
-Pfff. Quel gâchis, tu aurais dû devenir artiste toi aussi, ronchonna Raoul.
-C'est peut être du gâchis pour toi, mais le séminaire m'a offert une chance d'étudier Raoul, expliqua patiemment Alexandre. Et je suis heureux que le Père Joseph m'ait pris à son service.
-Je sais mais ce que je voulais dire c'est que... Oh, voilà les Beauregard !

Une femme vêtue d'une robe de deuil apparût dans le hall. Les mousselines noires de sa robe bruissaient autour d'elle comme un nuage d'orage. Une voilette couvrait son visage. A son bras se tenait un défunt enveloppé d'un long linceul blanc. Alexandre se redressa, croisa poliment les mains devant lui et affecta son sourire le plus avenant.

-Edgard regardez, lança-t-elle joyeusement en s'avançant vers eux, voilà notre artiste! Soyez les bienvenus messieurs! Quel plaisir de vous voir !
-C'est un plaisir partagé Mme Beauregard, répondit Raoul tout sourire. Merci encore pour votre invitation !

Il fît un geste de la main en direction d'Alexandre, l'invitant à avancer d'un pas.

-Voici mon ami le Père Alexandre Garenne, dont je vous ai beaucoup parlé, poursuivit-il. Alexandre, voici Mr Edgard et Mme Faustine Beauregard. Les meilleurs mécènes dont un artiste puisse rêver.
-Je suis ravi de vous rencontrer, salua Alexandre.
-Eh bien mon Père, lança brusquement Mr Beauregard, vous vous rendez à une mascarade sans vous costumer ?
-Edgard, allons! sermonna Faustine en donnant un coup d'éventail dans le coude de son mari. Mon Père, nous pouvons vous trouver un masque !

Alexandre s'empourpra légèrement mais il répondit avec un sourire poli:

-C'est extrêmement aimable à vous Madame, mais mes vêtements de sacerdoce me suffisent, je vous assure.
-Vous êtes décidément très sérieux, répondit Edgard. J'espère que vous n'allez pas passer votre soirée à sermonner nos invités.
-Allons mon Père, intervint Faustine, ne vous laissez pas impressionner par les mauvaises manières de mon mari. Allons plutôt à la salle de bal, voulez-vous ?

Elle prit Raoul par le bras et ils se dirigèrent vers la grande salle. Elle était à la fois somptueuse et macabre, décorée de tentures de velours sombre, éclairée par des bougies de cire noire. Partout dans la pièce s'agitaient des dizaines d'invités, vêtus d'extravagants costumes de revenants, de spectres, de macchabées, de squelettes... Jamais Alexandre n'avait vu un tel carnaval. Il avait l'impression d'être au théâtre, sauf qu'il ne se tenait pas sur un banc mais au beau milieu de la scène. Au milieu de cette pantomime, il ne croisa aucun visage connu. Un serveur s'approcha alors, présentant un plateau chargé de verres remplis de liquide rouge sang.

-Notre barman nous a concocté un cocktail de circonstances, lança Mr Beauregard. Il est excellent.

Raoul se servit un verre tandis qu'Alexandre déclina poliment.

-Je vous remercie mais je ne bois pas.
-Bien sûr, vous ne buvez pas, grinça Mr Beauregard. Bien, Messieurs, soyez les bienvenus à la Danse Macabre! Amusez-vous bien ! Enfin, autant que vous le pourrez. Memento mori.
-L'ouverture du bal ne va pas tarder, glissa Faustine. Raoul, nous avons tant de gens à vous présenter ! Nous nous reverrons après. A tout à l'heure !

Elle s'éclipsa en emportant son mari avec elle.

-C'est somptueux, glissa Alexandre en observant les invités costumés.
-Je te l'avais dit. Les Beauregard ont le sens de la fête.

Raoul baissa les yeux vers son verre.

-Au fait, je suis désolé pour tout à l'heure. C'est juste que... Ça fait longtemps que je n'ai pas revu mon vieux copain Alexandre. J'espérais qu'on puisse s'amuser un peu, comme au bon vieux temps.
-Ce n'est rien, répondit Alexandre avec un sourire. Tu ne pensais pas à mal. Ta sincérité me touche.
-Et je dois t'avouer que je n'aime vraiment pas la façon dont le Père Joseph te traite, ajouta Raoul en fronçant les sourcils. Il est constamment sur ton dos à te rabrouer et à t'épier...

Le regard d'Alexandre s'égara dans le vide une seconde.

-Oh, il est peut-être un peu... sévère parfois mais je t'assure que ça va. Je suis entre les mains de Dieu Raoul, ne t'en fais pas pour moi.
-Bon, si tu le dis, soupira l'artiste. En tout cas, je suis content que tu sois venu. Les Beauregard sont certes un peu excentriques, mais ce mécénat compte beaucoup pour moi.
-J'ai beaucoup prié pour que tu l'obtiennes. C'est formidable de te voir ici aujourd'hui.
-Merci mon vieux. Bon, ça ne change pas ce que j'ai dit plus tôt : profite de la soirée et essaie de parler d'un peu autre chose que de Dieu, d'accord ? taquina Raoul.
-Tu devrais plutôt Lui rendre grâce pour ton mécénat, rétorqua le jeune vicaire.
-Ah, j'y penserais, ricana Raoul. Mais pas avant d'avoir mangé ! Je meurs de faim, si je puis me permettre l'expression. Allons au buffet.

Alexandre acquiesça et suivit Raoul à travers la foule. Alors qu'ils se dirigeaient vers la grande table couverte de plats, Alexandre aperçut Mme Beauregard de l'autre côté de la salle de bal. Elle était en train de discuter, vraisemblablement à voix basse, avec un étrange personnage. C'était un homme assez grand, vêtu d'une superbe redingote noire cintrée. Ses cheveux étaient impeccablement peignés en arrière et, dessiné sur son visage fardé de noir, resplendissait un élégant crâne blanc à l'expression sévère. A voir son maintien, ce devait être quelqu'un d'important. Le jeune prêtre réalisa que Faustine et lui le dévisageaient tout en conversant. Il croisa le regard de l'inconnu pendant un instant. Ses yeux étaient si clairs qu'ils semblaient presque phosphorescents. En leur centre, trônaient deux minuscules pupilles noires, tels les chas de deux aiguilles acérées. Alexandre était si captivé qu'il ne regardait plus où il allait. Il se cogna contre l'épaule de Raoul dont le contenu du verre se répandit en une large tache rouge sur son veston.

-Je suis vraiment désolé ! bredouilla Alexandre.
-C'est rien, c'est pas tous les jours que je me fais arroser de cocktail, plaisanta Raoul.
-Quel maladroit...

Le vieux majordome surgit alors de derrière une table et fondit sur Raoul, une serviette à la main pour commencer à éponger ses vêtements.

-Si Monsieur veut bien me suivre jusqu'à la salle d'eau, pressa-t-il, je pourrais nettoyer le costume de Monsieur.
-Ma foi, volontiers, c'est mon seul costume. Garde ça pour moi Alexandre, répondit Raoul en lui confiant son cercueil, je reviens vite !

Le majordome s'éloigna au pas de charge, entraînant l'artiste à sa suite et laissant Alexandre seul au milieu de la foule, le cercueil entre les mains. Le jeune vicaire leva la tête pour retrouver Mme Beauregard et son mystérieux compagnon mais ils avaient disparu.

Il décida d'aller attendre le retour de Raoul à côté du buffet. C'est alors que les domestiques baissèrent les lumières au gaz et soufflèrent toutes les bougies. Seuls restèrent allumés les lustres au-dessus de la piste de danse. Un murmure d'anticipation parcourut la salle tandis qu'un fantôme pâle monta sur l'estrade des musiciens pour proclamer:

-Chers amis! Chers vivants et chers revenants, l'heure est venue d'entamer la Danse Macabre!

La foule s'écarta pour laisser passer Faustine Beauregard, ondulant dans sa robe de deuil. A la surprise d'Alexandre, elle était accompagnée, non pas de Mr Beauregard, mais de l'étrange dandy aux yeux perçants.

Mme Beauregard et son cavalier s'avancèrent au milieu de la piste, tous les regards braqués sur eux et les musiciens commencèrent à jouer. Le couple se mit à virevolter au son d'une étrange musique. Ça ressemblait à une valse, ça en avait le rythme, mais des accents étranges, parfois enjoués, parfois langoureux, en distordaient la mélodie. Bien qu'il ait entendu son lot de valses lorsqu'il courait les bals avec Raoul, Alexandre n'en avait jamais entendu de pareille.

L'énigmatique Danseur, lui, menait la danse à la perfection, entraînant Faustine si facilement qu'elle semblait, par instants, ne plus toucher terre. Il était en parfaite synchronisation avec la mélodie. Alexandre ne savait plus si c'était le Danseur qui bougeait au rythme de la musique ou bien l'inverse. Le jeune prêtre ne pouvait plus détacher son regard de lui. Il sentit monter en lui, du fond de son ventre jusque dans son dos une sensation extrêmement agréable. Et elle montait, s'amplifiait alors que les mouvements du Danseur se faisaient plus souples, plus... lascifs.

Quand la danse se termina, Mme Beauregard et son cavalier saluèrent la foule et les invités rejoignirent la piste de danse à leur tour. Alexandre s'apprêta à rejoindre le buffet lorsqu'il remarqua que le mystérieux Danseur venait droit à sa rencontre. Il se figea sur place.

-Vous me fixez depuis un moment mon Père, déclara le Danseur avant même de le saluer. Je me suis dit que peut-être vous vouliez m'inviter à danser.
-Je suis navré, répondit Alexandre avec un rire gêné, je ne voulais pas être impoli. Vous dansez admirablement bien.
-Vous m'honorez mon Père, répondit le Danseur en inclinant la tête.
-Nous n'avons pas été présentés je crois, enchaina précipitamment le jeune homme espérant ne pas passer pour un idiot. Je suis le Père Alexandre, je suis ravi de vous rencontrer. Vous êtes ?

Le jeune vicaire tendit la main vers le Danseur mais celui-ci ne bougea pas. Il planta ses yeux étranges dans ceux d'Alexandre.

-Ca, à vous de le deviner mon Père. Où serait le plaisir de la mascarade si tout le monde se révélait si facilement ?

Alexandre retira sa main, en souriant maladroitement.

-Je suppose que vous avez raison.
-Ainsi vous ne m'invitez pas à danser ?
-Je regrette, déclina poliment Alexandre, je ne danse pas.
-Pourtant tout le monde danse à la Danse Macabre, n'est-ce pas là le principe ? Riches et pauvres, jeunes et vieillards, saints et pécheurs... Nul n'échappe à la danse de la mort.

Alexandre hésita un instant. La proposition le tentait autant qu'elle le flattait, mais...

-Je suis navré, ce ne serait vraiment pas convenable de ma part, finit-il par conclure.
-Comme vous voudrez, répondit le Danseur de sa voix feutrée. Si jamais vous changez d'avis, vous saurez où me trouver.

Il esquissa une rapide courbette.

-Bonne soirée mon Père.
-B... Bonne soirée, bafouilla Alexandre.

Le Danseur disparût dans la foule. Alexandre le regarda partir, les bras ballants. L'image de la chapelle s'effaçait déjà de sa mémoire. Par contre, l'agréable sensation de tout à l'heure était toujours là. Encore plus intense qu'avant même. Alexandre baissa les yeux. C'est à ce moment qu'il réalisa qu'il était en train de bander. Ses joues s'incendièrent à la vue de l'abominable chapiteau en train de se former sous sa soutane. "Seigneur!". Un frisson de panique descendit le long de son cou. Il se cacha derrière le seul objet à portée de main: le cercueil en papier mâché de Raoul. Ça faisait l'affaire. Il allait attendre ici, se faire discret et dans quelques instants, cette honteuse protubérance repartirait comme elle était venue. A son grand désarroi, les choses ne se passèrent pas comme il l'aurait voulu. Non seulement son état ne s'améliorait pas, mais en plus il empirait. Sa queue palpitait dans ses sous-vêtements. Raoul n'était toujours pas revenu, l'air de la salle était chargé d'agitation et la chaleur pesait sur ses poumons comme une chape de plomb. Il avait besoin d'air. En tournant la tête, il avisa au bout d'un corridor une petite porte qui donnait vers l'extérieur. Maladroitement, il se retourna et commença à se faufiler au travers de la foule, aussi rapidement qu'il le pouvait en tenant le cercueil devant lui. Heureusement, tout le monde était trop occupé à danser ou à discuter. Il se coula dehors sans se faire remarquer.

II.

Quand il sortit de la maison, Alexandre fût accueilli par l'air pesant de l'orage. Les nuages s'étaient amoncelés, la tempête allait éclater d'une minute à l'autre, mais au moins ici, un brin de vent rendait l'atmosphère respirable. Cela soulagea un peu Alexandre. Pas autant qu'il l'aurait souhaité cela dit. Il avait toujours autant la trique."Seigneur Dieu, c'est pas possible !". Il fallait qu'il fasse quelque chose, mais quoi ? Il ne pouvait pas retourner à l'intérieur, il avait trop honte. et il risquait de croiser quelqu'un. Mais rester debout bêtement au milieu de la pelouse n'était pas une solution non plus...

C'est alors qu'il remarqua au bout du parc une petite chapelle privée. Ses murs blancs se détachaient sur une ligne d'arbres noircis par les nuages d'orage. Depuis le début de cette soirée, c'était la première fois que quelque chose lui paraissait familier. Sans réfléchir plus longtemps, Alexandre dissimula l'encombrant cercueil dans un parterre de fleurs - "Pardonne moi Raoul"- et il s'élança à travers le parc dans sa direction. Arrivé devant la porte, il réalisa qu'il y'avait de fortes chances pour que la chapelle soit fermée. Il poussa sur le panneau de la porte malgré tout et, à sa grande surprise, elle s'ouvrit dans un grincement plaintif. Alexandre se glissa à l'intérieur puis referma derrière lui.

Dedans, il faisait assez sombre et délicieusement frais. Les nuages d'orage occultaient les dernières lueurs du jour. Alexandre dût attendre quelques instants que ses yeux s'adaptent à l'obscurité. Un éclair illumina l'intérieur, lui permettant d'y voir un peu plus clair pendant un bref instant. La chapelle était des plus ordinaire, meublée avec le plus strict minimum: quelques bancs, un autel de pierre dénudée, un grand crucifix accroché au mur. L'atmosphère sentait la poussière et l'humidité. Les Beauregard ne devait pas avoir grande utilité de cet endroit. Tout était calme. Le jeune prêtre prit une profonde inspiration puis s'avança vers l'autel. Il se signa, bien conscient de la gravité de son offense, puis s'agenouilla lentement sur le sol dallé. Alexandre avait toujours aimé les églises vides. C'était l'endroit parfait pour trouver la paix de l'âme et un peu de tranquillité. Personne ne lui demandait quoi que ce soit quand il était agenouillé en train de prier. Sauf qu'à ce moment, il songeait à tout sauf à la prière. Des mauvaises pensées se bousculaient dans sa tête. Au loin, l'orage se mit à gronder. L'image du Danseur réapparaissait sans cesse dans son esprit. Il se prit à s'imaginer à la place de Faustine, dansant avec lui. Son membre se raidit sous ses vêtements. Il poussa un grognement exaspéré, saisit son chapelet et commença à prier à voix haute.

-Credo in unum Deum Patrem omnipontentem, factorem coeli et terrae...

C'est alors qu'un infime frémissement agita l'obscurité autour de lui. Il leva la tête.

-Il y'a quelqu'un ?

Seul le silence lui répondit. Il s'apprêta à reprendre sa prière lorsqu'il distingua devant lui, dans la pénombre, juste à côté de l'autel, un minuscule point rouge lumineux. Alexandre se leva lentement, intrigué. Une odeur capiteuse lui parvint. L'odeur du... tabac ? C'est alors que, juste au-dessus du point rouge, apparurent deux yeux phosphorescents. Alexandre sursauta brutalement, laissant s'échapper un cri de frayeur.

-Comme on se retrouve mon Père, ricana une voix familière.

Une silhouette se matérialisa hors de l'obscurité et fit un pas en direction du prêtre. Un éclair zébra le ciel, révélant les traits du mystérieux Danseur.

-Un... Un fantôme ! balbutia Alexandre, pétrifié.

Son cœur semblait vouloir jaillir de sa poitrine mais au moins, il ne bandait plus. Le Danseur haussa un sourcil, saisit sa cigarette entre deux doigts et se mit à rire en expirant un nuage de fumée.

-Un fantôme ! Elle est bien bonne ! Allons, je ne suis pas un fantôme. Je suis un démon, ça n'a rien à voir.
-Un... démon ? répéta Alexandre, incrédule.
-Je pensais qu'en tant que prêtre vous l'auriez deviné plus tôt.

Le jeune vicaire tenta d'articuler quelque chose mais les mots restèrent coincés dans sa gorge. Son estomac se noua soudain. Sa main se serra sur la croix de son chapelet.

-Un démon... Seigneur... Le Malin t'envoie pour moi ! Tu es venu pour me tourmenter ?!
-Te tourmenter ? Pas du tout, c'est même plutôt pour l'inverse que je suis là.
-L'inverse ?
-J'ai bien vu que tu avais envie de danser avec moi dans la salle de bal mais que tu n'osais pas. Ce que je peux comprendre, c'est intimidant. C'est pourquoi je t'ai suggéré un endroit plus calme. À l'abri des regards, sans Père Joseph.

Alexandre se figea.

-Comment tu connais le Père Joseph ?
-Je suis un démon, je sais beaucoup de choses. Comme par exemple ce que tu désires en ce moment même.

Le jeune prêtre sentit ses joues s'incendier.

-C'est toi qui a mis ces mauvaises pensées dans mon esprit !
-Trève de mauvaise foi mon Père ! Tu sais très bien que nous, les démons, ne créons pas de mauvaises pensées. Nous nous contentons d'exploiter celles qui existent déjà.
-Je ne suis même pas censé discuter avec vous, s'entêta le vicaire refusant de reconnaître que le démon avait raison.
-Oh oui et pourtant.

Et pourtant... Alexandre baissa les yeux. La terrible tentation qui l'avait assailli plus tôt revenait au pas de charge. Ses doigts se mirent à tripoter nerveusement la croix de son chapelet tandis que le démon se penchait vers lui.

-Oh Alexandre, tu as toujours fais ce qu'on t'a dit de faire. Tu as renoncé à suivre ton ami Raoul, tu es entré au séminaire, tu as réfréné le moindre de tes désirs... Et tout ça pour quoi ? Pour subir les brimades du Père Joseph ? Tu mérites bien plus que ça, je le sais. Si ce soir était le bon moment pour t'accorder une petite récompense, hum? Après tout, une danse, ce n'est pas grand chose.

Le Danseur était maintenant assez proche d'Alexandre pour que celui-ci puisse sentir son odeur. Un mélange enivrant de tabac, de terre humide de pluie, de viande fraîche qui lui fît tourner la tête. Le jeune vicaire se mordilla la lèvre inférieure. Il jeta un regard tendu autour de lui, comme pour s'assurer que personne ne l'entende, et demanda :

-Je suppose qu'il y'aura un paiement ?
-Effectivement. Mais rien de bien extravagant, ne t'en fais pas.
-Qu'est-ce que je dois faire ?

De sa main gantée, le Danseur pointa le cou d'Alexandre.

-J'ai besoin que tu enlèves ça.
-Mon chapelet ?

Le démon acquiesça de la tête. Les doigts du jeune vicaire se serrèrent sur la petite croix de bois.

-Est-ce... c'est vraiment nécessaire ? balbutia-t-il.
-J'en ai bien peur. Tu sais que ces petites babioles ne me sont pas très agréables.
-Très bien, répondit Alexandre après un instant de silence.

Lentement, il retira le chapelet de son cou. Le démon le regarda faire, une lueur avide dans le fond de ses yeux phosphorescents. Alexandre crût même le voir se lécher les lèvres pendant un quart de seconde. Mais il l'avait peut être imaginé... Alexandre déposa le chapelet sur un banc. Depuis plusieurs années maintenant, il ne le quittait que pour dormir ou faire sa toilette. Il se sentit terriblement dépouillé. "Mon Dieu, pardonnez-moi...". Il se tourna malgré tout vers le Danseur.

-Parfait, glissa celui-ci en écrasant sa cigarette sur l'autel. Maintenant que nous en avons fini avec les formalités, il est l'heure d'entrer dans la danse, mon Père !

Le Danseur esquissa une courbette et tendit une main gantée à Alexandre qui la prit dans la sienne, timidement.

-Ça fait si longtemps que je n'ai pas dansé, dit le jeune vicaire.
-Oh, ne te soucies pas de ça.

Le Danseur se mit à fredonner un air. La même valse qu'il avait entendue lors de l'ouverture du bal. Ils commencèrent à danser. Alexandre se laissa guider, bercé par les mouvements souples de son cavalier et le son de la pluie qui se mit à tomber. Il sentait la chaleur du Danseur contre lui. Depuis ce qui lui semblait une éternité, il n'avait jamais eût une telle proximité avec quelqu'un. Encore moins avec un homme. Les sensations se bousculèrent en lui. Jamais il n'avait vécu quelque chose d'aussi érotique, d'aussi impie. Tout ce qu'il était en train de faire allait à l'encontre de la rectitude qui gouvernait sa vie depuis qu'il était entré au séminaire...

-Et pourtant, murmura alors le démon dans son oreille.

Son souffle dans son cou le fît frissonner d'excitation. Le corps indiscipliné d'Alexandre se pressa contre celui de son cavalier.

-Je sens que tu veux plus qu'une danse, poursuivit celui-ci.

Les paroles du démon résonnèrent jusqu'au fond de son âme, chassant la moindre de ses pensées. La seule idée qu'Alexandre fût alors capable d'avoir fût de poser sa bouche contre celle du Danseur. Qu'elle se trouvât déjà dans son esprit ou qu'elle lui eût été inspirée par le démon, Alexandre y céda avec délice. La langue chaude du démon se glissa entre ses lèvres. Il eût un sursaut de surprise qui fît vite place à une vague de plaisir. Alexandre rétorqua avec une avidité qu'il ne se connaissait pas, goûtant cette chair impie et délicieuse. Le démon descendit ses mains jusque dans le creux de ses reins et le serra contre lui. Avec un mélange de répulsion et fascination, le jeune homme sentit l'entrejambe durcie du démon contre la sienne.

-Alors, on en veut toujours plus mon Père ? taquina le Danseur.
-Je t'en supplie, haleta Alexandre le souffle court, ne m'appelle pas comme ça !
-A la bonne heure ! Voilà ce que je veux voir !

Le Danseur remonta alors le bas de sa soutane. Il glissa les mains le long de ses cuisses, puis en dessous de ses sous-vêtements pour caresser son membre chauffé à blanc. Le contact lui arracha un gémissement. Jamais on ne l'avait touché comme ça. Ses mains étaient si douces, si chaudes. Soudain, il mourût d'envie de se débarrasser de ses vêtements, de sentir ces mains, cette peau sur son corps entier.

Le démon planta ses yeux dans les siens. D'un simple geste, il arracha la soutane d'Alexandre et la jeta plus loin. Elle s'écrasa au sol dans un bruissement, grande mue noire et flasque. Le reste de ses vêtements, sans qu'il comprenne comment, avait suivit, le laissant entièrement nu. Aussi facilement que s'il avait été un fétu de paille, le Danseur souleva le jeune prêtre et l'allongea au sol. Un éclair illumina la chapelle.

Dressé nu au-dessus de lui se tenait le démon, sublime et redoutable. Sur sa peau anthracite étaient gravés d'étranges motifs ondoyants. Deux immenses cornes décoraient sa tête en une couronne obscène. Son sexe en érection narguait sans honte le crucifix accroché au mur. Le Ciel lui pardonne mais c'était la chose la plus magnifique qu'Alexandre ait jamais vue.

Le démon s'assit sur ses hanches, l'écrasant délicieusement contre les dalles fraîches, ses testicules reposant contre son bas-ventre. A pleines mains, il saisit alors la verge d'Alexandre et la glissa en lui. Alexandre arrêta de respirer. C'était brûlant, parfaitement lisse et extrêmement étroit. L'intérieur du démon remuait tout autour de lui, palpitant et frémissant. Il avait la sensation de se tenir au beau milieu d'un nid de vipères.

-...Seigneur! gémit Alexandre.
-Oublie le Alexandre, siffla le Danseur, oublie le et danse avec moi.

Le démon commença à bouger au-dessus de lui. Le plaisir lui coupa le souffle.

-Danse avec moi ! répéta le démon en accélérant la cadence.

Alexandre se mit à bouger les hanches, soutenant comme il le pouvait ce rythme infernal. Le corps du démon se resserra sur son membre. Il se sentit défaillir.

-Continue !

Le Danseur se pencha sur lui, mordillant son cou, léchant son visage, l'étreignant toujours plus. Le moindre mouvement lui arrachait des cris de plaisir que la tempête même ne parvenait plus à couvrir. Alexandre saisit les cornes du démon à pleines mains. Celui-ci poussa un rugissement de bête sauvage et donna un ultime coup de hanches.

-Seigneur pardonnez-moi ! gémit Alexandre.

Sa prière se transforma en un cri alors qu'il explosait dans un torrent d'extase. Seul l'éclat de rire du démon parvint jusqu'à lui tandis qu'il perdait connaissance, ivre d'une jouissance comme il n'en avait jamais connu.

"Je connais un homme en Christ, qui fût, il y'a quatorze ans, ravi jusqu'au troisième ciel. Si ce fût dans son corps, je ne sais, si ce fût hors de son corps, je ne sais, Dieu le sait."
- 2 Co 12, 2-4

III.

Alexandre revint lentement à lui. D'abord, il ne sentit qu'un bien être diffus qui l'enveloppait tout entier. Puis, les autres sensations firent surface. Ce fût le contact froid de la pierre contre son dos qui lui fît ouvrir les yeux. Il était allongé nu par terre. L'orage avait cessé, mais la nuit était tombée. Autour de lui, régnait une obscurité épaisse. A tâtons, il chercha le corps chaud du Danseur qui, un instant plus tôt, se tenait au-dessus de lui, mais sa main ne rencontra que du vide. Alexandre se redressa sur son séant.

-Hé là ? lança-t'il dans le noir.

Il ne reçu aucune réponse. Le Danseur s'était évaporé. Alexandre sentit son estomac se serrer. Il était en sueur, sa langue sèche râpait durement contre son palais, son membre flaccide était humide de fluides refroidis.

La culpabilité le submergea brusquement, chassant toutes les sensations délicieuses qu'il avait éprouvées quelques moments plus tôt. Il se sentit terriblement souillé. Perverti. Dans l'obscurité, il devinait braqué vers lui le regard du Christ qu'il avait si honteusement offensé. Il se mit debout, croisant les mains devant lui pour cacher sa nudité. Tâtonnant dans l'ombre, il essaya de retrouver ses vêtements et son chapelet. Il ne parvint qu'à se cogner un genou dans un banc et à réaliser la stupidité de sa situation. Comment allait-il retrouver ses affaires dans le noir ? Comment allait-il se nettoyer ? Qu'allait-il raconter pour justifier son absence ? Sa respiration s'accéléra. Alors qu'il cogitait à toute allure, l'obscurité frémit à côté de lui et une voix familière retentit.

-Eh bien Alexandre, tu pars déjà ?

Un rayon de lune perça les nuages au dehors et le Danseur apparût devant lui. Il tenait à la main un verre finement ouvragé. Ses cornes avaient disparu, sa mise était aussi impeccable qu'au début de la soirée. Comme si rien ne s'était passé. Comme s'il venait seulement de quitter la salle de bal. Il lui sembla même un peu plus grand, un peu plus... vigoureux qu'avant.

-Qu'est-ce que tu fais là ? lança le jeune vicaire.
-J'ai pensé que tu apprécierais un rafraîchissement, répondit-il calmement en lui tendant le verre.

Le démon avait vu juste, encore une fois. Alexandre était assoiffé. Il aurait voulu vider le verre d'une traite. Mais cette fois, il refusa de céder.

-Il faut que je m'en aille, lâcha-t-il brusquement.
-Mais dis moi, ne serait-ce pas de la culpabilité que je vois là, répondit le Danseur. C'est d'avoir tant apprécié notre petite danse qui te met dans cet état ?

Là, c'en était trop. Le jeune prêtre fît valdinguer le verre qui se brisa dans un tintement sonore.

-Une petite danse ?! éructa-t-il. Ça n'avait rien d'une petite danse ! On a... Je... J'ai forniqué avec un démon ! Dans une chapelle par-dessus le marché !
-Et alors ? La gueule de l'enfer ne s'est pas ouverte sous tes pieds pour t'engloutir, comme tu peux le constater, rétorqua le démon en levant un sourcil. De quoi tu te soucies ?
-Tu ne comprends pas ?! J'ai péché, j'ai trahi tous mes vœux... Seigneur, mais qu'est-ce qui m'a pris ? Tu peux être fier de toi ! Tu as eu ce que tu voulais ! Mon Dieu, je suis perdu ! Damné ! Qu'est-ce que je vais faire ?

A bout de souffle, il se laissa tomber à genoux, le visage dans les mains, à l'endroit même où ils s'étaient allongés quelques instants plus tôt. Le Danseur leva les yeux au ciel.

-Ah, les prêtres, soupira-t'il.

Il s'avança vers Alexandre et s'accroupit devant lui.

-Allons, allons Alexandre, glissa-t'il patiemment. Voilà ce que tu vas faire: tu vas retourner à la réception, retrouver ton ami l'artiste puis tu rentreras bien sagement chez toi ce soir. Ensuite tu pourras prier, implorer le divin pardon autant que tu voudras et - pourquoi pas ?- confesser notre délicieuse soirée au Père Joseph, si ça peut soulager ta conscience. Quoique je te conseille fortement de garder ça entre nous.

Du bout des doigts, il releva alors délicatement le visage du jeune prêtre vers lui.

-Mais pour faire tout ça, poursuivit-il, il te faut un brin de toilette et des vêtements, pas vrai ?

Alexandre baissa les yeux et secoua la tête timidement.

-C'est vrai...
-Bien. Commence donc par te nettoyer un peu.

Le Danseur tendit au jeune prêtre un grand mouchoir. Alexandre hésita un instant, prit le mouchoir et commença à se débarbouiller. D'un geste de la main, le Danseur fît voler jusqu'à lui la soutane étalée sur le sol. Il la dépoussièra, la lissa avant de la remettre à Alexandre. Celui-ci s'empressa de la revêtir.

-N'oublie pas ta petite babiole, ajouta le démon en désignant le chapelet posé sur un banc.
-Oh, merci.

Alexandre le ramassa et le passa autour de son cou. Il n'en tira guère de soulagement, cependant.

-Il faut vraiment que je parte, poursuivit-il en finissant de boutonner le col de sa soutane. Raoul doit se demander où je suis.
-N'y a t'il pas encore une chose que tu voudrais me demander Alexandre ? questionna le Danseur.
-Je... Non, répondit Alexandre après une seconde d'hésitation. Il n'y a rien d'autre.
-Dans ce cas, dit le démon en tirant un étui à cigarettes de sa poche, il ne me reste qu'à te souhaiter un bon retour à la Danse Macabre. Ce fût un plaisir de te rencontrer, mon Père.

Alexandre se contenta d'un bref salut de la tête. Il tourna les talons et se pressa vers la porte de la chapelle, qui s'ouvrit de nouveau en grinçant. Le parfum de la terre humide de pluie emplit ses poumons. Le jeune prêtre s'apprêta à franchir le seuil, mais au dernier moment, il s'arrêta. Il se retourna. Le Danseur n'avait pas bougé, il le regardait, comme s'il attendait quelque chose.

-Comment tu t'appelles ? demanda alors le jeune vicaire.

Le visage du Danseur se fendit d'un sourire en coin.

-Mephis, lança-t'il en tirant une cigarette de son étui d'argent.

Le cœur du vicaire bondit dans sa poitrine. Le Danseur alluma sa cigarette et tira une longue bouffée, un sourire au coin des lèvres.

-Je m'appelle Mephis.
-Mephis, répéta Alexandre à voix basse.

Mephis lui décocha un clin d'œil avant de disparaître, ne laissant de lui qu'un nuage de fumée. Alexandre referma la porte et se mit en route vers le manoir. De l'autre côté du parc, lui parvenait la mélodie d'une valse. Il réalisa qu'il avait très envie de danser.

FIN

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